Quand je n’arrive pas à exprimer ce que je sens, c’est en général parce que le sentiment est trop envahissant.

Ce texte, ou cette réflexion, je l’ai en moi depuis plusieurs jours et ne suis pas encore arrivée à l’exprimer de façon claire et compréhensible.

J’ai recommencé plusieurs fois.

Au début voulais partager ma colère, puis je me suis aperçue qu’il y avait aussi une sorte d’envie dans mon cœur. C’est sans doute pour ça que je ne trouvais pas mes mots, je cherchais là où il n’y avait rien.

Ici à Mexico, un peintre, sculpteur, diseur de choses intelligentes et provocateur vient de mourir. Là-bas en France, c’est une rescapée des camps d’extermination de la deuxième guerre mondiale, une défenseuse de certains droits des femmes et une diseuse aussi de choses intelligentes vient de mourir, elle aussi.

Pour Cuevas on a vu à la télé plein d’images de plein de gens qui criaient je ne sais quoi au moment de l’hommage qui lui a été fait à Bellas Artes. Puis plein d’avis sur facebook de gens qui ne le connaissaient pas, qui ne connaissent pas sa famille. Le fait qu’il y ait eu des cendres, celles de cet homme, au milieu du bruit, semblait être le moindre des soucis de tous ces gens.

Pour Veil, un peu différent, mais un peu pareil. Plein de gens qui demandaient à ce qu’elle soit enterrée au Panthéon. Ma voix un peu solitaire disant que ça ne nous regarde pas, que cette femme avait peut-être d’autres intentions, puis, devant le fait qu’elle y serait enterrée, avec son mari, mort depuis un temps, disant que si ça se trouve, lui, il n’a pas donné la permission qu’on le balade comme ça de sépulture en sépulture.

Pensant aux momies que l’on exhibe de musée en musée, sans leur permission, au contraire, n’avaient-ils pas préparé leur tombeau, ces gens-là pour y être abrités jusqu’à la fin des temps ?

Je disais, dans ma tête, que ce cirque relève sans doute un peu de cette envie que nous avons de connaître tous ces gens connus par d’autres que nous, de cet élan que nous avons envers les stars, de la chanson ou de la vie. Que toutes nos opinions sur les réseaux sociaux ont pour source cet énorme « Moi, je / Moi, je ».

Puis analysant mieux le pourquoi de mon incapacité à produire un texte cohérent et intelligent et plein de la sensibilité que j’aime cuisiner à toutes les sauces, j’ai vu qu’en fait, derrière ma colère, il y avait une énorme envie, verte bien sûr, de vouloir être à leur place, celle des morts, pas de la foule. D’être connue aussi, et que, de mon vivant, les gens, les pas-connus hein, se pressent pour se trouver sur mon chemin.

Pas beau hein ?

Mais si vrai.

Alors comme je n’arrivais pas à écrire, j’ai dessiné.

Dessiné un peu la jalousie, que fait cet homme devant le cercueil de Veil ?, s’il n’avait pas gagné les élections, il n’aurait pas eu le droit d’être là. Que fait aussi cette foule derrière toutes les barrières, visages anonymes, un peu voyeurs, un peu rescapés de la Shoah ? Que fait cette caméra qui ne passe jamais sur mon visage, celui d’une femme qui  restée à la maison ?

 

Dessiné surtout l’ironie de la vie, le hasard des moments importants, la solitude de la mort.

La tristesse de ceux qui restent, ça on n’en parle pas aux infos, par respect pour la famille, tu parles, les larmes de moins-connus n’intéressent personne, les curieux s’ennuient.

Et je vous offre une petite phrase, parce qu’elle est sympa, parce qu’elle est vraie, parce que dans nos envies, nos jalousies, nous oublions la vérité vraie : ces gens sont morts. Et parce que depuis le début, sans fard, sans miroir et lumières éblouissantes, c’est celle qui me taraude l’esprit.

« J’ai dans la tête et dans le cœur, le souvenir de mon amie Ale qui, à la mort de son père, a porté la robe de chambre dont il s’enveloppait tous les jours pendant des semaines et des semaines et des semaines. »

Publicités
Cet article a été publié dans Uncategorized. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour

  1. Cécile-Natacha dit :

    Très beau texte qui exprime les choses avec justesse. Ce qui me touche le plus, c’est la fin, l’histoire de la robe de chambre. Combien nous sommes démunis face à la mort…

  2. Gwenn-Aelle dit :

    Si seuls… que nous soyons le mort ou le vivant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s