Sans en-tête

 

 

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Sans en-tête

 

Je ne sais pas comment te raconter ce qui se passe, ce que je vois.

Je ne trouve pas de mots frappants, d’images fortes.

Il n’y a ni pirouettes faciles, ni sarcasmes puissants.

 

Il y a quelques jours on, oui « on », on a trouvé 6 corps décapités et 3 têtes. Sur le toit d’une voiture.

Je n’ai pas su si « on » a réussi à former 3 corps entiers puis 3 étêtés à jamais, ou si aucun  ne se connaissait du temps d’avant. Parce que voilà, 6 et 3 c’est pas pareil que 3 d’un côté et 3 de l’autre.

Dès que je baisse la garde je vois des têtes qui roulent dans les rues, des rues qui courent, et je vois leurs yeux exploser sous les coups, y’a des pierres sur le chemin, évidemment.

Et la lumière se teinte de sang.

J’arrive quand même à me dire que si ça fait un temps que les têtes ont été tranchées, le sang ne tache pas, il a dû coaguler depuis. Ce que j’ai perdu ce sont les mots, pas la raison.

 

Et la raison ne me fuit pas quand j’imagine une possible ligne de reconnaissance des occis, vu qu’ici les assassinés sont des délinquants présumés, toujours. L’histoire des dommages collatéraux, y’a un bail qu’on, encore « on », n’en parle plus dans notre pays.

Je vois des têtes empalées et des corps crucifiés, faudrait pas qu’ils souffrent d’une chute… présumée.

 

Tu sais combien de fois j’ai commencé à écrire aujourd’hui ?

6.

Avec 3 en-têtes différents.

 

Ces morts de l’autre jour on en parle déjà plus.

On ne sait même pas si les morts, tous présumés pères, enfants, frères, délinquants, disparus, assassinés ont déjà été enterrés ou quoi.

Des cercueuils ? 3 et 3 ou 9 ?

Des sacs noirs ? Petits, moyens ? Parce que grands, c’était pas nécessaire, vu que les têtes on peut les coincer entre les jambes d’un corps qui n’en a plus, mais à qui elle est présumée appartenir…

 

J’ai envie, tu sais, de te parler aussi

D’enfants criblés de balles

De pères écrasés

De femmes violées

Tant de douleur.

Tant d’épouvante.

 

Toi… Toi tu m’interromps, une fois puis une autre encore.

Avec des rires et des jeux. Des fleurs dans les rues, des rues où ne roulent pas de têtes, des étoiles la nuit et du vent, un vent rude qui me dépeigne.

Alors j’arrête d’écrire.

 

Dis-moi pourtant.

Dis-moi salope de vie, ton truc c’est de la résilience ou c’est de l’indifférence ?

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