Nous nous sommes toxiques

 

soledad

Nous nous sommes toxiques

 

Mon corps et moi on ne s’entend pas.

Je pourrais presque dire qu’on s’entend mal, carrément.

Depuis petite j’ai la sensation de vivre en lui, pas avec lui.

Et je pense qu’il sent la même chose, il se sent habité, envahi.

Nous avons vécu plein de choses ensemble, certaines sympas, d’autres moins. Je suis supposée prendre soin de lui et je l’ai trahi de nombreuses fois. Il est supposé m’accepter et il m’a trahie de nombreuses fois.

Il n’est pas forcément méchant, puis moi non plus. On est juste comme on est, nous avons mené notre relation à un niveau toxique et nous ne savons pas comment nous arrêter. Notre première trahison en fait nous fut externe. Oui, il y avait déjà une certaine raideur dans nos rapports mais nous arrivions à vivre ensemble. Le Diable s’en est mêlé, et Dieu a détourné son regard et on s’est fait baiser ensemble.

Depuis cette première épreuve, surmontée 30 ans après, nous avons fait notre vie chacun de son côté, nous rencontrant de temps en temps, comme se rencontrant les vieux couples a la porte de la salle de bains, et que l’un laisse courtoisement passer l’autre, sans le regarder, sans lui parler. J’ai essayé de le tuer, il a essayé de m’étouffer, et au sortir de chaque joute, nous nous regardions tous les deux dans le miroir et nous soupirions.

Je suis plus vieille, par en dedans et par lui. Il a son anniversaire les 7  août, moi je l’ai quand je peux.

Et on continue tous les deux à livrer la même putain de lutte, histoire de voir qui meurt le premier.

Et il se trouve là qu’on va nous changer la donne. Je vais être responsable de lui d’une manière plus forte, de lui et d’un autre, dont je ne saisis pas bien si je le vis comme un corps ou comme un  être. Et on sera trois. Et non, je ne suis pas enceinte, c’est bien plus subtil. C’est pour ça que c’est plus compliqué, plus à réfléchir et à mastiquer et à ne pas nous regarder dans le miroir.

Et à pas expliquer à d’autres corps et d’autres êtres, j’ai bien assez avec ceux qui se partagent ma tête. Tu sais que quand  j’étouffe trop j’écris, je vomis des lettres puis me sens mieux.

 Ces mots aujourd’hui ne sont que bile ancienne et légère espérance.

Mais je préviens quand même : si ça se trouve la réconciliation va nous arriver par influence externe, pareil que quand on s’est engueulés  la première fois.

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