Fermer les yeux

 

 

 

 

 

 

 

soledadFermer les yeux

 

Quand on a beaucoup de plaisir, on ferme les yeux.

Pour savourer? Pour  s’y enfouir? Pour s’isoler?

Et quand le moment passe, quand le plaisir se délave, on en garde le souvenir, on n’a qu’une hâte, recommencer.

Quand on a beaucoup de douleur, on ferme aussi les yeux.

Pour supporter ? Pour s’enfuir ? Pour s’isoler ?

Et quand le moment passe, quand la douleur se délave, on en garde le souvenir, on n’a qu’une hâte, recommencer à vivre.

 

Ces derniers temps, j’ai eu l’occasion d’entendre plusieurs voix. Certaines je les ai écoutées.

Celle qui disait que, enfin, elle me comprenait, je lui ai souri : elle n’a aucune idée, cette voix, de ce qu’est une douleur qui n’en finit pas, qui revient sans cesse sur les années. Cette voix, elle n’a eu mal que quelques semaines. Cette voix, si enthousiaste dans sa soudaine compréhension, n’a eu qu’à suivre un traitement pour oublier la douleur.

Il y a eu celle qui a dit que, enfin, elle me croyait. Je ne lui ai pas souri: tant pis pour elle, elle ne le mérite pas. Je ne veux pas savoir si elle est guérie, si elle a eu un traitement, ou si elle souffre encore.

Puis celle qui a dicté sentence, madame, vous n’avez pas besoin d’inventer une douleur pour qu’on fasse attention à vous. Je lui ai souri, idiote que j’étais, coincée dans un cabinet de consultation, devant un médecin qui, finalement, m’insultait. Je ne les ai pas revus, ni lui ni sa voix.

Il y a aussi, si souvent, celle qui dit que la situation n’est pas normale, qu’il faut faire quelque chose. À cette voix, je ne lui ai pas dit que j’ai abandonné depuis longtemps. Que je  fais  ce que je suis capable de faire et que les résultats qui lui déplaisent me déplaisent aussi, mea culpa.

Il y a celle qui a mal depuis si longtemps, depuis son adolescence, celle qui lève encore la tête et qui continue, un putain de jour à la fois. Qui s’occupe de sa famille, des autres, d’elle et qui trouve encore le moyen de m’aider, moi.

Il y a celles, lointaines, dont je ne connais pas le son, qui s’inquiètent et qui demandent, sans arrière-pensée, comment ça va ici. Leur présence est solidaire et entendue.

Celle qui se tait, elle a trop mal, elle ne peut plus rien dire.

Celles qui acceptent, qui ont compris que c’est la vie, et qu’on n’y peut rien. Que même poser des questions, c’est inutile. Qui lisent sur mon visage la qualité du silence à observer.

 

Ces voix, les dernières, je les écoute parce qu’elles savent.

Elles savent ce qu’est la douleur sans fin, sans remède, sans espoir.

Elles ferment souvent les yeux.

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