Basé sur une histoire vraie

Basé sur une histoire vraie

Alors, comment je t’explique ?

Tu vois ces films, ceux qui sont si tristes, où y’a des gens qui meurent ?

Ceux où il t’arrive peut-être de pleurer un coup, quand personne ne te voit. Ou ceux qui te font  te retrouver toute la journée avec un nœud dans la gorge, un poids sur la poitrine, le souffle court, imaginant le ciel gris même s’il est bleu… Autour de toi, tout est pareil, le film n’a rien changé, bien que les bruits et les voix t’arrivent comme étouffés, comme quand tu as la tête sous l’eau, tu sais ?

Evidemment tu ne peux pas dire que tu es encore triste, c’était juste un film, les gens te regarderaient avec  commisération, pauvre fille, elle recommence avec ses idées noires, hein… Laissez-la, elle est trop sensible, qu’elle pleure, qu’elle se laisse aller… Mais en silence, parce que la vie continue, le soleil brille, les plantes poussent, et que franchement, elle est fatigante à la fin…

Tes larmes ce sont des larmes de crocodile, elles sont prêtées, c’est presque presque du chiqué. Elles ne durent qu’une après-midi, un moment. L’histoire était fictive, les larmes sèchent vite.

À moins bien sûr que ce ne soit basé sur une histoire vraie.

Et là, pendant tout le film, comme tu sais ce qui va se passer, t’es pas complètement ignare quoi, tu voudrais revenir dans le temps, empêcher le coup de feu, la tempête. Arrêter les mots blessants, le duel, le coup d’épée. Être celle qui découvre le vaccin, être le chirurgien, celle qui sauve une vie.

Mais oui, tu sais bien que ce n’est qu’un film, attends, tu as même payé le billet d’entrée au cinéma, c’est toi qui as décidé de t’asseoir là dans le noir, à regarder passer l’histoire des autres… Et oui, bien sûr, tu sais bien que l’acteur n’est pas vraiment mort, c’était juste son personnage, et on l’a payé pour mourir, en plus.

À la première occasion, le même acteur va tourner dans un autre film, une autre histoire, d’autres amours… Et comme il est bon, eh bien tu marches à fond… Et si en plus il est mort comme il faut, c’est sûr, on va encore et encore le tuer, pour la gloire et pour les sous.

Eh bien… Ce que j’essaye de t’expliquer, avec mes digressions et mes exemples, c’est ce que je sens avec Aranza.

C’est comme si, n’importe quand, la lumière allait s’allumer, les larmes disparaître, faut pas qu’on voit la trop sensible pleurer encore, et qu’alors, elle… elle allait apparaître dans une pirouette, un saut et un rire. Disant que ce n’était qu’un rôle, que non, elle n’est pas morte, qu’elle a juste changé de scénario.

Et à chaque fois que je m’en souviens, non, se souvenir n’est pas le terme exact, parce que je n’oublie pas, bien sûr, qu’elle est morte, à chaque fois que je m’arrête plutôt, sur ce moment de sa vie, je suis surprise, légèrement.

Comme s’il ne s’agissait que d’un film, comme si au moment d’allumer la lumière, le mot « fin » n’était pas définitif. Sa mort ne m’est pas aussi tangible que d’autres.

Est-ce parce que je ne vivais pas avec elle, parce que je ne suis que l’une des tantes, parce que c’est une petite fille, oui, c’est encore une petite fille… ? Parce que je ne la voyais pas tous les jours… ? Parce que je l’ai aimée, que je l’aime, parce que c’est une petite fille, une petite fille, une petite fille ?

Ce n’est pas un déni… Tu te rends compte, avec tous les mots que j’ai, je n’arrive pas à te dire ce que je sens. Je sais que ce n’est pas ce que je pense, la réalité, je la sais. C’est un sentiment, un « ce n’est pas pour de vrai, le directeur du film s’est trompé, que quelqu’un parle avec le scénariste ». Comme ça, sans points d’exclamation, je te dis, ce n’est pas un déni, ce n’est pas de la colère, bref, à peine de la tristesse à ces moments-là. C’est comme quand on te dit que la terre tourne, que le soleil c’est du feu, ou que la lumière des étoiles n’est pas la leur… C’est quelque chose que tu sais, mais que tu ne sens pas.

Dis, je ne fais que tourner autour du pot, on dirait une de ces conversations interminables la nuit dans un bar, ou mieux encore, un de ces films où il ne se passe rien et qui au lieu de te faire pleurer, te font dormir…

Comment t’expliquer ce que je sens si moi-même je ne le comprends pas vraiment… ? 

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4 commentaires pour Basé sur une histoire vraie

  1. olwister dit :

    J’adore ! Tout simplement ça ! Tout simplement vrai ! Surtout cette sensation de dé-réalité. Très déstabilisant tout ça. La fiction du film et la réalité des émotions. Tout ça se mélange et alors on sait plus !
    C’est parfait vraiment.

  2. Gwenn-Aelle dit :

    y’a pas que moi alors..?

  3. Cécile-Natacha dit :

    oh! c’est si vrai!!!

  4. Gwenn-Aelle dit :

    Si dur, encore et encore…

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