Dans mon trou

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Dans mon trou

 

Je réfléchissais hier… pour changer, dès que je suis seule, je pense à ceci, à cela. Et comme je suis souvent seule…

Je réfléchissais donc, dans  mon trou à moi… Pas dans mon coin, les coins sont durs, pas au fond de mon lit, l’air y est irrespirable. Juste dans mon trou, celui qui se fait dans ma tête quand j’en ai besoin, je m’y installe et je change le monde, ou alors, je me pose des questions, pour le changer justement.

Et j’en suis venue à mon corps, juste parce qu’il me fait mal et m’empêche de vivre. Parce qu’il a encore changé de formes, et que ça me fait chier.

Et puis toutes ces idées sur le fait que le corps crie ce que nous taisons sont venues chambouler un peu mes questions, mes attentes, mes demandes.

Parce que, alors, en plus d’avoir mal, je me sens coupable. Parce que, à priori, si mon corps hurle comme ça en ce moment, c’est que moi,  je ne suis pas fichue de dire à voix haute ce qui ne va pas.

Alors j’ai cherché, vraiment, à fond, ce qui me gêne… Et ce qui me gêne, c’est la douleur… Cercle vicieux, n’est-il pas ?

De là, pour creuser plus loin, pour trouver ce qui ne va pas dans mon âme, et de là sauter à ce qui ne va pas dans mon corps, je me suis payé un petit retour en arrière : enfance, adolescence, adultescence, maintenant… (Je ne sais pas ce que je suis là, une plus qu’adulte ?), bref… Ce retour me donnait envie d’y aller, au fond de mes couvertures, là où l’air est irrespirable et de ne pas respirer.

Jamais jamais, je n’ai été en accord avec mon corps, toujours la guerre entre lui et moi.

Enfant, et ado, cette faute terrible, celle d’être femme… Ou plutôt, pas-garçon.

Puis  les kilos qui s’accumulaient, essayant je suppose de cacher cette féminitude, meublant mes angoisses de pain et de beurre. Ces kilos qui me poursuivent depuis, le pèse-personne que je hais, qui me guette, et me fait pleurer. Toujours. Même quand, ayant dépassé les cent kilos, je cessais de me peser, trois fois, quatre peut-être dans ma vie. Même maintenant, où je ne suis pas « trop grosse », j’ai juste pris 5-6 kilos, mais ils pèsent dur sur moi, sur mon pantalon, sur mes chemises qui ne ferment plus. Ils me font profondément chier ces kilos, que j’ai pris, en plus, sans manger ni pain ni beurre…

Puis entre l’adolescence et l’adultitude (j’invente des mots, l’avantage de se parler dans la tête), la douleur qui s’installe, le ventre, le dos, l’estomac, la tête, la figure… Merde !

Et là, de nos jours, actuellement, hier et aujourd’hui, encore et encore la douleur… Réconciliée avec l’idée d’être femme, reconnaissant le mensonge qui était à l’origine de cette « faute », jouissant des vêtements sur un corps non pas mince, mais de grandeur normale (normale pour qui, oui, je sais), la douleur de nouveau, la saleté de douleur.

Et par-dessus le tout, cette idée lancinante que si mon corps crie, c’est que moi je ne le fais pas… et de nouveau la culpabilité de toujours : tu n’es pas un garçon, tu es trop grosse, tu pleures, trop, tu parles, trop, obéis, tais-toi, tais-toi, tais-toi…

Et c’est alors que l’illumination se fit, tous ces mots que je déverse sont devenue pensée unique : « mon » corps. Pourquoi ? Pourquoi dit-on que nous avons un corps, signe de propriété, et non que nous sommes un corps ? Pour bien faire la différence entre l’âme -je suis- et le corps -j’ai- ? Pour nous sentir « plus que »… ? Parce que nous assurons ainsi le fait que lui, il va rester, et que nous, nous allons continuer ? Ou parce que ce corps, cette chose qui encombre autant qu’elle accompagne, nous a été imposé… ? Encore nébuleuses mes idées, juste un point de départ pour une nouvelle causerie avec moi-même dans mon trou…

 

 Mais… Si j’étais capable de dire : « Je suis mon corps », serait-il plus heureux ? Se sentirait-il enfin, accepté ? Me parlerait-il avec des mots plus doux ?

Cesserait-il, pour un temps, un jour, une heure, de hurler ?

 

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