Visage

Visage

 

Quand je me pense, ce que je vois c’est un corps.

Quand je m’imagine courant sur la plage, ou marchant dans les bois, ce que je vois ce sont des pieds, des jambes, des mains parfois.

Quand je pense à ce que j’ai envie de faire, c’est mon corps qui demande….Qui reçoit. Ou qui se cabre.

Jamais, non, je ne vois jamais mon visage.

Comme si je n’en avais pas.

Comme si à sa place, il n’y avait que la tête, oui, celle-là, je la sens, je la bouge. Il y a la partie du crâne, celle où je m’entends penser, mais sans traits, sans odeur, je ne perçois que vide blanchâtre…

Au détour des miroirs, il y a toujours une fraction de seconde où je dois m’obliger à me reconnaître. Et même comme ça, je ne suis pas sûre du tout que ce reflet soit moi, c’est un reflet qui vit dans le miroir, il ne fait pas partie de moi. C’est une autre personne, un autre être, une autre idée.

Je n’associe pas ces yeux à mon être, encore moins ce regard.

Le sourire un peu, mais je souris rarement quand je me regarde dans un miroir.

Mon corps je l’ai vécu petit, grand, gros, flasque, athlétique, enceint, accouchant, souffrant, jouissant. Je le sens comme un être à part : il y a lui, et il y a moi, il y a nous toutes, qui le regardons, comme dans un immense aquarium, dans un cirque bruyant. Nous ne sommes que spectatrices. Il agit de son côté, ne nous consulte pas, ne nous obéit pas, ne nous reconnaît même pas comme locataires. Moi j’insiste parce que… parce que nous vivons ensemble après tout, même si je le refuse, même s’il me défie…

Mon visage, je ne le vis pas. Je ne me sens pas une avec lui, ni quand je suis moi, ni quand je suis les autres.

J’essaye parfois, comme exercice intellectuel, de m’en souvenir… Cela m’est difficile : j’arrive à voir peut être les boucles d’oreilles que j’ai choisies ce jour-là, mais c’est tout… Je me retrouve alors envahie d’idées confuses, que je rejette car inutiles.

Je me demande si les gens qui ont les yeux bleus voient le monde d’une teinte différente, avec un peu de la couleur de la mer. Ou je pense à ceux qui ont de grands yeux, est-ce que, eux, ils arrivent à saisir « tout le panorama » ? Quel genre d’yeux faut-il avoir pour ne pas louper un seul détail ?

Et ceux qui ont de belles dents, grandes et blanches, mordent-ils la vie avec plus de succès ?

Quel genre de bouche faut-il avoir pour être embrassée avec passion ? N’importe laquelle ?

Quand je pense les autres, je ne vois pas de corps, je vois des visages, des petits bouts de visage, un regard, un geste pour repousser une mèche de cheveux, un sourcil froncé. Mais pour moi c’est différent.

Mon visage ne m’existe pas… Je ne le sais pas, ne le situe pas, ne m’en souviens pas, ne le reconnais pas….

Nous vivons sans lui.

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