Elle meurt

Elle meurt

 

Une des personnes que j’aime le plus, qui m’a le plus aimée, protégée, gâtée, grondée, soutenue, retenue, bref adorée, se meurt.

Je me suis assise plusieurs fois à côté d’elle…  Je lui prends la main, je lui dis que je l’aime, qu’elle ne s’en fasse pas, que la mort ne fait pas mal, que tout va bien… Que tout va bien, que tout va bien.

Elle me regarde, les pupilles dilatées, les paupières rougies, sans pouvoir parler, ou à peine… Hier, elle a levé la main, essayé de la poser sur ma tête… Tendre caresse.

Elle ne m’a pas reconnue, encore… Elle ne me reconnaît plus jamais… Elle m’a dit : «  C’est drôle, j’ai une fille qui s’appelle comme toi, Gwenn-Aëlle… »

C’est moi… C’est moi cette fille que tu dis être à toi.

C’est mon amie…. Mon amie de cœur, mon amie de l’âme…. Mon amie, ma plus que moi… Ce n’est pas ma meilleure amie, je n’en ai pas. Soit nous sommes amis, soit nous ne le sommes pas…. Pas de A majuscule à son nom, non plus… Nous n’en avons jamais usé entre nous.

Elle a l’air si maigre, elle qui l’a toujours été. Si petite, elle qui l’a toujours été… Si perdue, elle qui m’a toujours secourue… Si triste, elle qui faisait des pieds de nez à la vie… Elle qui a envoyé son premier mari en enfer, ce général qui l’a tellement fait souffrir. «  Qu’il pourrisse dans l’enfer le plus brûlant ! » disait-elle, cognant si fort de son petit pied contre le sol… « Qu’il pourrisse dans l’enfer le plus brûlant ! »

Son fils la regarde, tendu, préoccupé… Et elle, qui l’a toujours fait passer avant, qui l’a toujours tenu par la main, même quand il ne voulait pas, ne se tourne plus vers lui… Parfois, elle ne sait pas non plus qui il est…

A coté de lui, à côté d’elle, un homme, un gentleman, qui l’a toujours appelée « Madame »… Impuissant, il la regarde à travers ses lunettes… Impuissant, il la baigne, la change, lui met de la crème…. Impuissant…

Elle se meurt et je ne trouve pas de larmes… Je m’assois  juste avec elle, je lui donne la main, je lui donne mon sourire, mes paroles que je veux tranquilles, sereines, lumineuses… Je lui donne mon regard, celui de cette fille qu’elle dit avoir… Je lui donne tout…

Je l’aime, je l’aime tant… et elle s’en va…

Elle s’en va.

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