Le premier pas

Le premier pas

 

Il paraît que le premier pas est le début de tous les voyages.

Ce premier pas, je le fais. Aujourd’hui.

Très cérébral, très élaboré dans ma tête, dans mon ventre, mes pieds.

Y compris dans mes mains qui ne tremblent pas quand elles soulèvent la chaîne. Le cadenas.

La porte s’ouvre.

Ne fais de bruit, je t’en prie, qu’on ne t’entende pas. Silence, s’il te plait.

Dehors la lumière est aveuglante. L’obscurité devient refuge.

Qu’on ne me voie pas, qu’on ne me voie pas.

Un pas. Un autre.

La lumière. La lumière me suit, me guide, me poursuit.

Il faut choisir. Gauche ou droite.

Ça pourrait sembler anodin mais c’est important.

A gauche, des lumières, des voitures, des gens, beaucoup de gens. Peut-être que personne ne me reconnaîtra.

A droite, le calme, des murs complices, des arbres. Et si quelqu’un me voit ? Si on me parle ?

Je marche encore un peu  avant de décider…

A droite. A droite. Je ne peux pas évoluer dans la foule. Je ne dois pas.

Je marche en rasant les murs, demandant asile, fuyant la lumière.

Que personne ne me voie, que personne ne me parle.

Respire. Respire. Prépare ta voix. Tu vas devoir parler et tu le sais. Respire, à fond, même si tu suffoques, même si ça fait mal, respire.

Le regarder dans les yeux. Ou plutôt non. Ou si. Je ne sais pas.

Echange de mots. Utilise ta voix, ne crie pas, mais qu’on t’entende. Parle. Parle. Respire.

Echange d’argent. Regarde sa main. Ne regarde pas ses yeux. Sa main. Tranquille. Respire.

J’ai besoin d’un mur, j’ai besoin d’ombre, d’obscurité.

Il faut que je rentre.

Respire. Ne lève pas les yeux, regarde où tu mets les pieds.

Avance. Un pas, encore.

Continue, continue, continue.

La chaîne. Le cadenas.

La porte s’ouvre une autre fois, elle peut faire du bruit, ce n’est plus grave, je suis arrivée.

La lumière reste dehors, aveuglant les autres.

Je suis à l’abri.

Je suis arrivée.

J’ai réussi.

Je suis allée chercher du pain.

 

PS : Oui, cela peut vous sembler exagéré, mais parfois, pour certaines personnes, à certains moments de leur vie, sortir de chez eux, dans la rue, seuls en plus, peut être une épreuve insurmontable.

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