C’était juste hier…

C’était juste hier…

 

 

Hier, j’ai touché son bras… et je ne l’ai pas reconnu…

Chaud, il était tout chaud….mais si maigre, décharné…

Il aura suffit d’un moment infime, d’un seul regard pour me renvoyer en arrière, si loin dans le passé. Quand il jetait l’un d’entre nous sur son épaule pour aller dormir, en chantant « Le marchand de sable ». Ou quand après le signe de croix, on avait droit à une chatouille sur le bout du nez pendant qu’il disait «  Gouzigounik »

Ou encore, sur le terrain de Troncones, quand il arrachait les mauvaises herbes qui faisaient deux mètres, comme ça, d’un seul geste.

Je me rappelle de lui plantant ces fameux cèdres sur l’avenue : il les a portés de ces mêmes bras que je n’ai pas reconnus hier.

Et dans mes yeux, brille encore sa silhouette sortant des vagues après des heures de plongée.

Cette nuit, je me suis revue, marchant à ses côtés, la main dans la main. Il avait une manière à lui de me prendre la main, en serrant mon poignet de son petit doigt. Il marchait vite et je marchais avec lui, fière de pouvoir faire de si grands pas.

C’était le temps d’avant… Avant qu’il ne devienne une autre personne, évadé de nous, vivant dans un monde à lui, un monde auquel nous n’avons jamais eu accès.

A force de secrets, d’énigmes, nous l’avons perdu, il nous a perdus.

Je me souviens en particulier d’une histoire toute bête, dont nous ne saurons peut- être jamais la fin. Il voulait que nous découvrions seuls comment manger du pain et du fromage avec juste un couteau sans jamais toucher ni le pain ni le fromage. A toutes nos idées, il répondait « Non, ce n’est pas ça, cherche encore »

Finalement à toutes mes questions, à tous mes besoins, il a toujours répondu… «  Cherche encore »…

Hier, quand j’ai touché son bras pour le réconforter, pour lui dire que je suis là, il n’a pas compris. Il ne sait pas faire ça, être accompagné…

Et même si je sais quand je l’ai perdu, même si je sais comment et pourquoi, je ne comprends toujours pas ce qui s’est passé.

Parce que, jusqu’à hier…Papa,… C’était l’homme le plus fort du monde…

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